Quand faut y aller...y a pas à...(Chut !) Faut y aller...

Publié le par Maky

Le soleil pouvait bien darder ses rayons en tous sens, persécuter les feuilles déjà jaunies des platanes…C'était presque l'automne, c'était la rentrée !
Depuis quelques jours déjà, chacun restait reclus, par honte de ne pouvoir surmonter cette échéance fatidique.
Où qu'ils aient été, ils ne se montraient pas, ils ne se montraient plus.
C'était la période fragilisante de la desquamation durant laquelle l'épiderme retrouve un semblant de civilité…abandonnant la carcasse rugueuse des grandes vacances !
A l'enthousiasme des familles exhibant leur progéniture, s'opposait la déchéance d'une notoriété durement acquise pendant l'été, de cette bande de galvaudeux pubères.
Maintenir un standing, mains sales, culotte déchirée, godasses béantes…ne serait pas possible dès que, franchissant l'entrée du préau, des dizaines d'yeux détailleraient…la culotte courte en velours côtelé bleu marine, le gilet boutonné et la chemise, tellement serrée au col qu'un cou de dindon s'en extirpait…
Les membres empruntés dépassaient à peine de cette camisole, en se mouvant maladroitement. Il disait bonjour de la main en demandant grâce…
L'émotion ne dura guère, s'étant rendu compte qu'ils étaient tous "déguisés"…

De chacun des groupes, les moqueries fusaient sur les accoutrements respectifs…
- Quand je pense qu'ils n'ont pas voulu m'acheter ma carabine à plomb…J'en ai au moins deux sur le dos, vu le prix !!!
- Moi c'est pareil, sauf que ces fringues c'étaient ceux de mon frère…
- Ton frère ? le plus grand…
- Oui !
- Ca se voit…
La cloche…en rang par deux…silence… la colonne de gauche avancez…la colonne de droite…
- SILENCE !!! Maintenant.
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Chacun attendait, debout entre le siège et l'écritoire du pupitre monobloc !
- Messieurs, veuillez enfiler les blouses que vos parents ont dû vous remettre.
Autre moment de grande solitude…
Blouse neuve, grise ! zébrée de faux plis…Chacun se travestit avec plus ou moins de bonheur !
- M'ssieu, comment je fais, mes boutonnières elles ne sont pas percées !!!
- Tu te débrouilles, et dépêchez-vous…On ne va pas y passer la journée…
Nous y sommes…une basse cour d'oies grises du Canada !

La journée égrena ses heures au rythme de ce tempo, ressurgissant pour les personnes qui croiseraient les baies grandes ouvertes de l'école…
2 fois 2 font 4…2 fois 3 font 6…2 fois 4 font 8…!
Pour certains un léger sourire, pour le plus grand nombre une raideur du cou !

Ne dit-on pas, demain sera un autre jour…
Chaque coin de la cour tenait lieu de garnison pour chaque clan !
Des alliances pouvaient se construire à tout moment, fomenter ainsi le traquenard qui serait fatal à ce leader venu d'ailleurs.
L'aboutissement de la confrontation trouvait son terme à l'extérieur, sans témoin d'une administration étanche à toute ouverture sur le monde des adolescents…
Cette fois là, le col de la chemise ne gênait plus…le bouton et la boutonnière s'étaient dilués dans l'air après qu'un crochet venu d'ailleurs ait ébranlé et tuméfié le menton, plus proche voisin du col de chemise !
Adulte décision, la bataille cessa, il fallut négocier.
Ce leader, dont on voulait la peau rendit les armes; la trêve prononcée, le vaincu allait devoir un lourd tribut aux autres clans…
Faute d'espèces…ce serait en nature !…C'était dit, décidé…Ce sera sa sœur !
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Futé cet étranger ! il obtempéra, le rendez-vous fut fixé, l'heure, l'endroit…il fallut évidemment sélectionner les bourreaux !
Le jour du sacrifice, l'heure, le lieu, nous y étions…L'étranger arriva, seul tout d'abord, puis suivi, il faut le dire d'une jeune personne distinguée, élégante, un sourire ravageur accroché aux lèvres…
Le bourreau ! dont les outils n'étaient pas très "affûtés" failli avaler sa glotte lorsque la condamnée s'adressa à la foule, ils étaient au moins six ou sept...                                                          
(*) Ne riez pas...en bas c'est le grand père de Mab !
- Bonjour,
Alors, il paraît que vous vous battez et que l'enjeu est la sœur du perdant ?
C'est bien cela ?
Il ne leur manquait que la parole…sinon ! tous bien, réservés, polis…
- Faut-il que je me présente, où me connaissez-vous déjà ?
Donc, je suis bien la sœur de Serge, je suis aussi la nouvelle institutrice de l'école des filles et maintenant…l'heureux élu voudrait-il se faire connaître…je lui promets de ne pas taper trop fort, mais s'il souhaite rester discret, par pudeur…je ne lui en voudrais pas !
Il est temps de rentrer chez vous, faire vos devoirs, puis réviser…oui ! je dis bien "réviser" !
J'ai l'impression que demain vous aurez une interrogation de contrôle qui serait de mauvais goût de rater…
Au revoir
Toi ! tu rentres avec moi, on n'en a pas fini !!!

Il était urgent de changer la stratégie…Une retraite négociée n'était pas si humiliante, après tout !

L'année suivit son cours, eux suivirent les leurs…
L'engrenage bien huilé aboutit à une bande de joyeux lurons qui, pour certains s'épanouissaient dans le travail de l'école, pour d'autres à l'ombre des tilleuls.
Au début de l'été, les jeux de billes envahissaient la cour, laissant voir à chaque pied d'arbre des culs en l'air, la tête appuyée sur les coudes, visant du pouce et de l'index ce merveilleux calot tant convoité…
Jean-Pierre époussetait la poussière pour que la bille ne dévie pas.
Philippe s'appliquait à tirer cette bille qui, une fois dans le trou serait sienne.
Claude comptait les billes qui lui restaient à mettre en jeu…
Quant à Serge, lui, il regardait la tête des futurs pigeons que ses copains allaient plumer…c'est lui qui suggérerait les prochaines parties ! Sûr du résultat…

Les heures de classe s'espaçaient de plus en plus, le matin, répétition de la Marseillaise ! pour le jour de la remise des prix.
L'après midi, une heure de répétition de la pièce de théâtre qui serait assassinée à cette même remise des prix…
Des affinités s'étaient crées, de copains, ils étaient maintenant camarades…et puis, la vie s'ouvre, aspirant les uns vers le haut, les autres ailleurs…
Mais, Jean Pierre, Philippe, Claude et Serge, eux ne se quittèrent pas.
Ohhh ! pardon…je voulais dire : Fagot, Plombier, Cétout et Moustache

En remontant le temps…on arrive au déluge !
Tout le monde descend, terminus !
(*) : Oui, c'est bien le grand-père de Mab...Je l'ai prise parce qu'elle me plait beaucoup, mais...lui était très sage ! ( CQFD )

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brico52 10/02/2008 20:33

Est-ce le fin de cette histoire ou verrons nous encore les compères dans d'autres situations???
A bientôt.

Maky 11/02/2008 21:46

Je serai tenté de dire que leur passage est "passé"...Mais qui sait, un demi-tour et, ça repart !...A bientôtAmitiés

loula 10/02/2008 19:30

ils sont sympas ces petits drôles assis pour la photo de classe, avec leur blouse...en ce temps là on apprenait la Marseillaise !!ils jouaient aux billes... on retrouve encore ces jeux dans les cours d'école... mais Maky, tu sais superbement bien raconter... ton texte est vivant !!! bises net à bientôt

Maky 11/02/2008 21:44

Si le jeu de billes existe toujours...L'école est sauvée !!!...;-))Bises

Laurence 10/02/2008 16:33

Chouette de découvrir de nouveaux blogs! Merci, d'être passé sur le mien, moi je suis très heureuse de découvrir tes "délires" je reviendrai.

Maky 11/02/2008 21:42

Merci beaucoup, donc ! nous nous reverrons !...Cordialement

le-gout-des-autres 10/02/2008 11:39

On dirait ma rentrée...

Maky 11/02/2008 21:42

C'est très vraisemblable...;-))

sofie 09/02/2008 23:34

qu'est ce que j'aime venir ici c'est dingue... Jolie histoire... Peut etre un peu lointain pour moi mais j'ai adoré. bisoous maky

Maky 09/02/2008 23:45

As-tu vu le film (ancien) "La guerre des boutons"... Vois-le tu riras beaucoup.Lointain ! C'est certain, mais un "conte..." c'est généralement...Il y a longtemps !Merci Sofie,Bises et à bientôt