(Suite)... A l'abri, sous la Marquise devant la porte close !

Publié le par Maky

- Ah ! si !, nos besognes quoique salutaires aux yeux du quidam, étaient sournoisement destructrices.
Reconnaissez que des espaces de liberté nous étaient indispensables à un équilibre psychique tellement nécessaire à nos professions…
Cétout venait de parler, il était debout et déclamait à haute et intelligible voix ce que le bon sens lui dictait.
Les autres, la tête en extension, les yeux révulsés vers le haut, jaugeaient un visage rouge de peau dont les appendices clignotaient au gré des mouvements.
Ses yeux "caméléon" s'activaient avec une telle intensité que les paupières avaient grand mal à les maintenir enfoncés dans l'orbite, le nez "taste-vin" quant à lui…suintait quelque peu et se pinçait légèrement à chaque aspiration.
- Oui Messieurs, je le redis La Marquise était pour nous une thérapie qu'aucun diplômé de la faculté n'aurait pu nous prescrire !

Il voulait à toute fin justifier ses visites à la Marquise…A quoi la bande de vilains garçons répondait en s'esclaffant !

Il est vrai qu'il était amateur et si pour certains il fallait essayer à tout prix le nouveau "pétard" révolutionnaire qui venait de sortir, pour lui c'était plutôt la petite nouvelle de chez La Marquise…
Faut dire (Voir article précédent) que c'était surtout un homme de "main" !

Moustache, lui, par son aura transformait le salon de la Marquise en fumerie d'opium…Les filles se pâmaient à s'en décrocher la mâchoire… à vouloir tellement plaire; la bouche, entrebâillée comme une porte de salle de bain laissait paraître une intelligence en solde, les paupières s'abaissaient à mi œil comme un auvent de terrasse un jour de plein soleil; elles le suivaient du regard, sans même tourner la tête, le corps tout entier pivotait comme l'aurait fait un mime …elles marchaient lentement comme les bêtes qu'on traîne à l'abattoir.
En apnée depuis le début, le souffle court, leurs joues empourprées s'illuminaient et quelques gouttes de sueur perlaient sur le flanc d'une narine.
Seul l'organe vocal de la Marquise les ranimait…
- Eh ! alors Mesdemoiselles on s'oublie…un peu de dignité ! que diable…
On pourrait penser que le "mal" est en vous !…
Seule, Valentine, c'est le nom qu'on lui donnait, restait imperturbable, ne laissant entrevoir aucun penchant pour le moustachu.
Elle…c'était Cétout, son faible !
Madame s'interrogeait d'ailleurs à ce propos, des désagréments causés sur la personne de chacun des clients qui suggéraient une accointance avec Valentine…
Cétout, pourtant large d'esprit, disait-il, ne supportait pas même le retroussement rieur d'une moustache à l'endroit de sa belle !
Le monsieur était alors éconduit vers la porte, la tête penchée, après quoi Cétout lui lâchait l'oreille…
De cet endroit mythique chacun gardait ses souvenirs; c'est sans doute là qu'ils étaient "eux".
Point de grand truand, de tueur sanguinaire…seulement des hommes réfugiés entre des murs moirés d'illusions. Il redevenait lui, l'enfant, l'adolescent, l'homme incertain, content d'épancher le non-dit, le traumatisme dans les bras de ces jeunes femmes assistantes sociales beaucoup plus que putain.

Lorsque je les revis, quelques jours après, siégeant, les uns sur le canapé, les autres sur les fauteuils de ce salon de la maison de retraite, ils évoquaient ce passage de leur vie.
Cétout s'était rassis, son cours sur la psychologie du corps et des effets induits…était terminé.
A des éclats de rire venus d'on ne sait où, il répondit par un mouvement brusque de tout le corps en se retournant vivement…
Son visage vengeur, prêt à asséner une rafale d'injures se rida d'un coup, déglutissant sa colère, il se savait vaincu !
Installées à la lumière, devant la terrasse, un groupe de vieilles femmes s'activait à leur broderie, à leur tricot, tout en commentant l'actualité du moment…
L'une d'elles, le sourire accroché à ses yeux bleus, le regardait !…
Plombier, Moustache, Fagot le regardaient à leur tour, un sourire aux lèvres…
- Vous, vous croyez obligés de rire parce que les bonnes femmes se foutent de moi…
- Non ! reprit Fagot
- Tu sais ! On rit parce que tout ce que tu expliques sur les bienfaits de la Marquise…je crois que tu les dois à ta Princesse, là…celle qui sourit…Valentine !

Il se croisa les bras, s'enfonça dans le fauteuil et ferma les yeux.
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framboisine 12/02/2008 22:13

fervente lectrice, je me régale de ta plume, et de tes histoires, j'aime les nouvelles,
j'aime ce que tu écris,

Maky 13/02/2008 00:53

Merci Framboisine, J'ai moi-même beaucoup apprécié cette petite nouvelle sur la centenaire, tellement vraie...Alors ! On échangera...OK !Bises

Sara 06/02/2008 08:39

Bon, on a envie de connaître la suite maintenant! :-)

Maky 07/02/2008 01:42

Bon ! ben...voilà, mais c'est fini, j'ai remonté le temps...Amitiés et à bientôt

Caroline 05/02/2008 19:06

J'aime bien l'ambiance de ton récit, il me semble y déceler un brin de nostalgie ...

Maky 06/02/2008 00:05

C'est peut-être vrai...mais pourquoi ? je n'ai jamais trempé (si je puis dire) dans ce milieu, peut-être de vieux fantasmes...Ah ! je crois que c'est ça...;-))A bientôt, Amitiés.

papa de Lili 05/02/2008 15:36

Un petit tour sur mon blog pour voir! Amitiés.

Maky 06/02/2008 00:02

Vu et apprécié...Merci Alain

brico52 05/02/2008 13:25

Ah les femmes, même à un âge avancé elles font encore tourner la tête aux hommes. Enfin à certains.
A bientôt.
Merci pour ton passage.

Maky 06/02/2008 00:01

Oui ! oui...C'est bien nous les "Derviches tourneurs"...Elles nous font tourner la tête...Elles nous font tourner en bourrique...Comment veux-tu qu'on soit carré !...;-))