La femme et l'enfant !

Publié le par Maky

Elle avait son âge et courait entre ces gardiens du temps.
Elle osait l'irrespect en s'accrochant à eux, allant jusqu'à les braver et enjamber leur cime.
Son domaine de petite fille, un peu garçonne elle l'arpentait de long en large, à pied et à vélo, Eté comme Hiver, elle était grande et petite à la fois.
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Plus tard, elle m'initia à mieux connaître ces bois, les grandes allées cavalières dont les dédales inquiétants laissaient apparaître par là, une clairière dans laquelle on devinait les soubassements moussus d'un bâtiment…fondations d'un château abandonné par manque d'amour…et par là, l'ombre d'un bassin qui aurait abrité des poissons exotiques, suspendu des nénuphars et qui n'était maintenu que par des ronciers; la dame n'y sera jamais venue refléter son bonheur ou onduler ses pleurs.
Cette forêt, ouverte pour nous seul m'impressionnait par la majesté des ses hauts dignitaires, chênes plusieurs fois centenaires, mais elle savait aussi se présenter pour les jeunes gens, amoureux, heureux de ces espaces, comme une complice, ployant ses charmilles au fait de l'allée, pour plus d'intimité.
Parfois, le soleil nous surprenait à l'angle d'un sentier, incendiant les branches que ses rayons perçaient, il venait refléter ce que nous ressentions.
Un sourire se moquait et un demi tour après nous lui tournions le dos. Il se dissimulait à nos yeux et se penchant vers l'horizon il cherchait nos silhouettes avant de disparaître.
Pourquoi le parc aux ânes ? Ainsi on appelait cette clairière dénudée que les lapins de garenne occupaient en toute illégalité, terrain de jeu, salle à manger, terrier, tout était là pour promouvoir ces joyeux drilles !
Mab y restait volontiers, c'est là qu'elle venait avec les enfants de l'institution, éducatrice.
Abandonnés de tous, ces espaces, ces futaies, ces lumières, ces pénombres, ces bruissements ne survivaient qu'en espérant.
A l'entrée du domaine, bordant l'allée centrale se tenaient d'immenses chênes, indiquant au visiteur le sens de la demeure.
Ils se penchaient en détaillant, ces décennies passées, tous les atours des dames, ceux de Madame aussi, alors qu'elle visitait les prémices du chantier.
Ils étaient là, tels les hallebardiers aux aguets, formant rempart de leur frondaison. Dotées d'un âge mûr, les branches principales traversaient ce couloir pour embrasser le charme trop longtemps éloigné.
De ce bel enlacement une ombre légère et un filet de brise faisaient s'éterniser les rendez-vous galants.
Plus avant dans la cour entre les pavillons, un massif de tilleul disposés tout en rond, laissaient à chacun croire à ce jeu du mouchoir. Ombragée comme il suffit, une table de jardin attendait ses convives.
Plus loin aussi, il faut que je décrive ce clan des marronniers, rustres et doux, dont la piqûre est vive à qui veut la châtaigne…
Au centre de ce bouquet les enfants fabriquaient les cabanes de l'automne, larges feuilles entassées, des lauses végétales, tapissaient la toiture pour éviter l'ondée, les branches latérales tissaient comme l'araignée une toile invisible, mais qui les protégeait.
C'était là un jeu arbitré par les grands, qui décernaient en fin de construction la plus haute distinction, un bonbon ?

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En ce jour funeste, la punition infligea à ce havre de bonheur des blessures irréparables, des amputations traumatisantes, une dévastation impitoyable.
Des allées, ne subsistait que la lumière de l'horizon qui nous guidait, parmi ces membres déchirés, cette terre violentée.
Sur ce croisement de l'amour et du bonheur d'avant, un prince de ces bois gisait, allongé, la tête dans le fossé, il respirait encore, les rameaux de l'année frétillaient sous l'impulsion du peu de sève qui lui restait.
Il aurait voulu qu'on l'immole au nom de tous siens qui durant plusieurs siècles avaient monté la garde, s'étaient portés hauts et fiers, ombrageant les attelages de ces dames dont le teint pâle se devait d'éclairer et non d'éblouir.Temp--te-03.jpg
L'œil à terre, nous poursuivions la remontée de ce champ de bataille dont les cadavres ne souhaitaient même pas un regard, humiliés d'exposer aux voyeurs, ce tronc blessé, cette écorce déchirée dont l'intimité blanche et brillante apparaissait au regard. Les racines expulsées de leur nid sablonneux tendaient leurs bras au ciel en implorant pardon d'avoir autant joui de ce sol généreux et nourri les cimes de ces géants feuillus.

Sur la gauche, mon regard se porte sur ce franc fantassin, amputé de son tronc à hauteur de deux hommes, il est resté tout droit planté comme un piquet. Sa toison décapitée, ses membres dispersés, c'est un mort vivant que les racines maintiennent dans une digne posture.
Les hommes auront raison de ce fantôme d'un autre temps, ce sera mieux, lui évitant ainsi l'étape de déchéance.

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Ils nous manquent déjà, mais un autre regard se porte sur ce cimetière, Arthur dit à la femme :
- Tu vois là, le roseau…
En ce mois de décembre 1999, l'aube d'une nouvelle année allait poindre, on verrait le soleil de plus loin, tout était plat, bien plat…








L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.
Jean de La Fontaine

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chalet de laura 28/01/2008 08:04

je ne sasi pas retenir mes larmes lorsqu'un arbre est abattu ... mon père en sait quelque chose ... les arbres sont ma vie, ils me consolent en cas de peine, je les enlace en cas de fatigue pour prendre un peu de leur énergie ... je les contemple sans fin, je parle avec eux ... votre texte et vos images résonnent en moi , profondément ...
bonne journée à vous
je reviendrai me promener à l'ombre de ces arbres à venir
laura

Maky 28/01/2008 20:00

Merci pour cette sensibilité, je te rejoins...J'assimile l'arrachage d'un arbre à l'arrachage d'une dent !On porte atteinte à mon intégrité...C'est peut-être "primaire"...mais c'est comme ça !A bientôt, cordialement

brico52 25/01/2008 15:51

J'aime beaucoup ce que tu écris.
A bientôt.

Maky 25/01/2008 16:30

Merci beaucoup de cette visite et à bientôt donc...;-)

le-gout-des-autres 25/01/2008 07:53

J'aurais dû préciser que ce n'était pas en été que j'ai vu le lézard.
A l'époque, il y avai sûrement des péripatétiputes dans la forêt, mais les cirés restaient sur le dos des pêcheurs bretons...

Maky 25/01/2008 16:29

Alors...je reste coi !Amitiés et à bientôt

le-gout-des-autres 24/01/2008 09:30

Tu sais ce que ta note me rappelle ?
Quand j'étais gamin et que ma grande soeur nous emmenait dans la forêt de Montargis chercher du houx vers Noël.
J'y ai vu une fois un magnifique lézard vert, avec du jaune doré et le ventre blanc.
Je me demande s'il en reste...

Maky 24/01/2008 15:58

Du jaune doré avec un ventre blanc...à Noël, en forêt de Montargis....C'était une pute en ciré qui poussait des Houuuuuuux.........Y a pas d' lézards !...;-))

tarmine 24/01/2008 00:01

de dec99, ce n'est pas tant les arbres arrachés dont je me souviens,les feuillus n'ont pas tant souffert, mais ce bateau brisé qui souilla la côte, et c'etait noël, nous étions suspendus à la radio, blêmes : la marée noire etait arrivée à belle ile! nous avons pleuré!!!!!

Maky 24/01/2008 15:51

Je pense que ce fut une catastrophe pour tout le monde, avec différents impacts dont celui de la marée noire bien entendu !Merci Tarmine, à bientôt