L'écriture est la science des ânes...

Publié le par Maky

Seul un médecin rédigeant son ordonnance pourrait écrire cette absurdité.

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
et les mots pour le dire arrivent aisément.

Nicolas Boileau.
Ecrits d'une plume svelte, en pleins et en déliés
Ils sont encore plus beaux à qui ils sont dédiés.

Maky
Ah ben ! oui, faut bien se citer de temps en temps...


Succession de voyelles et de consonnes, association en syllabes, le mot surgit de notre bouche, la dessinant telle un cœur, un rictus ou bien un gouffre…
Il dépeint par là même une physionomie austère, des fossettes accueillantes ou une moue de jouvencelle…

Plus discrètement, tapissé sur la feuille, il progresse tout au long du papier, se range à la ligne et continue de s'apostropher, de se contredire, de s'opposer, pour enfin s'accorder.
Tout au long du parcours la missive traduira sentiments, vérités, puis mensonges et vengeances pour conclure en amour et chagrins…

Pire encore, sur une diagonale disponible, le secret surgira.
A peine écrit, petit et ramassé le mot effleure le vélin d'une plume inquiète de son effet.

Rayé, il devient sale, impropre, traître à la pensée, on n'a de cesse que de l'oublier, rayer de nouveau il nous démasque, il appuie sur ces sentiments qu'on voudrait cacher, voir disparaître alors qu'ils sont là, gribouillés à outrance et donc bien remarqués…

Premier du paragraphe, c'est en majuscule qu'il s'impose, donnant ainsi le sens appuyé d'un message fort; accompagné de points de suspension, il laisse deviner, rêver, espérer une suite…

Fauté…il est moqué, brocardé, raillé, il est en peine avec lui et celui qui le trahit, devine déjà les rires étouffés qu'il suggérera à son prochain lecteur !

De sa filiation dépendra son avenir, il sera courant ou bien technique ou encore châtié et défilera promptement dans de suaves lettres d'amour, mais peut-être aussi sur l'étal d'un marché.

Le mot est l'avant-garde de l'action, de lui dépend le rapprochement ou l'éloignement, le sang ou la paix, le rire ou les larmes, il est un messager discret mais irréversible dans son sens et par définition; tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, tourner sept fois sa plume dans l'encrier avant d'apposer les termes d'une triste fin ou d'une gloire assurée.
Alphabet.jpg
Si dans le fond il est intraitable, dans sa forme toutes les folies lui sont autorisées.
Calligraphié en une inclinaison légère, il donne des ailes à son lecteur, l'envie de poursuivre, de se presser, de boire ces paroles écrites et former avec sa bouche les mots tels qu'ils ont été pensés.
Droit comme la justice, c'est la rigueur qui prime, le "l" se tient au garde à vous, le "t" présente les armes, mais n'en est-il pas moins sincère ?

De mes petits doigts boudinés par la règle du maître, sortait de je ne sais où, l'ébauche d'un "A" ou peut-être d'un "B" que je m'appliquais à dessiner en pleins et en déliés. Ce fut long et laborieux, mais quelques années après, je me surprenais à écrire des lettres à mes parents ornées de mots stylisés comme pourrait l'être une mère maquerelle en fin de nuit …
Je me faisais plaisir à chaque début de paragraphe de dresser un "L" ampoulé ou un "B" rococo…

Galber la jambe du "B", en imprimer le plein entre ses deux déliés et l'enlacée goulûment de deux boucles rebondies…
Alphabet-B.jpg
Monter au sommet d'un "M" alors que la plume résiste, appliquer le plein dans cette descente vertigineuse et sans reprendre d'encre remonter au plus haut pour enfin redescendre en boucle…N'est-ce pas là exercice périlleux ?
Alphabet-M.jpg
Le "H" lui, c'était pour les vacances en forme de toboggan, après un léger lacet supérieur, la descente en plein et la remontée croisée en délié me donnait le tournis, alors que je savais qu'une nouvelle descente m'attendait pour s'éteindre en boucle légère…un plaisir simple !
Alphabet-H.jpg


Alphabet1.jpg
Vous me copierez 100 fois, il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de dire une bétise…
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Commenter cet article

softy 21/01/2008 15:06

A chaque passage ici je suis scotchée... Je lis dévore tes écrits même. Mais ose rarement laisser un commentaire tant ils me paraissent futiles face à tout tes mots. Je viens de relire a l'instant ce texte. Magnifique comme toujours. Toujours des images pertinentes pour faire comprendre ton message. Merci a toi Maky joli moment une fois de plus.

Maky 21/01/2008 23:16

Tu comprendras sans doute...que tu me gênes (Hypocrite en plus) mais sincère...tant de gentillesse de la part d'une jeune femme, comme d'autres d'ailleurs, mais si évidemment laisse un commentaire, tu as des choses à dire et à écrire, je l'ai lu, donc je le sais...;-))A bientôtBises

maevina 21/01/2008 09:30

j'ai toujours été un âne, j'adore l'ecriture, le fait d'écrire, de dessiner les lettres, ça doit être une déformation professionnelle. Ton texte est tout à fait parlant pour moi!

Maky 21/01/2008 23:00

Comme il est préférable de faire le ménage dans une maison propre, il est plus agréable d'étaler les mots d'une écriture soignée...A bientôt Maé,Bises

Phelycitee 21/01/2008 09:13

C'est un plaisir de retrouver ces majuscules travaillées et puis j'aime bien les ânes.

Maky 21/01/2008 22:56

Sur les deux points je te rejoins.Merci de ta visiteBises

Tietie007 19/01/2008 23:27

L'écriture est une bonne thérapie !

Maky 21/01/2008 22:47

Je crois en effet, la résonnance des mots varie comme les notes d'une partition...c'est une évasion.A+Cordialement

Caroline 19/01/2008 11:39

Est-ce que vous vous disputiez aussi pour savoir qui aurait le grand honneur de remplir les encriers avec l'encre violette ? Ce texte m'a fait me souvenir à quel point j'étais fière d'apprendre à écrire !

Maky 21/01/2008 22:51

Oui, le remplissage des encriers, le mélange dans cette bouteille, dont l'ouverture était munie d'un bec verseur en étain...quel honneur !...;-))