A l'heure de la sagesse...

Publié le par Maky

Il n'est sans doute pas prêt, il ne fait pas exception malgré sa bonne volonté, mais déjà son vécu lui inspire la persévérance.
Jeune homme, marié depuis peu, il cueille quelques grappes de bonheur et fait abstraction d'un environnement chaotique qu'il survole en toute inconscience. D'autant qu'elle est là, avec lui et c'est bien ça l'essentiel, à deux on est plus et à trois…on s'envole.

Les dures réalités du quotidien à ce moment de sa vie, que l'histoire a voulu marquer d'une écriture gothique le font
maintenant souffrir dans son corps et son esprit.
Avec lui, l'occupant ne partage pas et c'est réciproque, l'occupé très mal, reste le fond de tanière qu'on lui tolère…
Il avance néanmoins, reculer serait se perdre et il est trois…
Elle est là, le soutient, participe, essuie les affronts qu'ils portent au visage à chaque refus de l'égoïsme ambiant.
Sa nature robuste et frêle à la fois résiste au mal, s'impose même, on va le reconnaître, il émerge partiellement, il se tient, il s'agrippe et prend sa place.
Il est le benjamin d'un groupe de travailleurs qui le prennent en estime, il s'éreinte et ne veut décevoir, il est chef de famille et responsable de la pitance quotidienne.
Alors le soir, il compte ses livraisons de la journée, fait sa caisse, la refait, il manque vingt francs…il faut recommencer, chercher l'erreur, vingt francs de sa poche serait une semaine sans viande !
Le temps passe, la ligne bleue des Vosges s'éloigne, la vie se réveille, mais il faut persister, l'euphorique hypocrisie de l'après réserve des surprises, l'ennemi est maintenant à l'intérieur, proche de lui, la famille le déchire, les déchire…
La maison qu'ils occupent, celle de sa mère à elle, morte bien trop tôt, sera vendue aux enchères par une belle-mère peu regardante mais âpre au gain.
C'est un déchirement sentimental et un retour à la misère.
Les quelques sous mis de coté et empruntés ne suffiront pas…des étrangers venus d'ailleurs visitent les étages, les font se lever de leur chaise pour voir l'état du cannage, ils touchent, soupèsent, palpent, un viol collectif.
Le jour est arrivé, un attroupement se constitue dans la cour, le notaire acte et met à prix, les bougies brûlent comme un bûcher sur lequel il seraient montés à trois…il est impassible, elle est livide.
Elle répond à la première enchère se disant qu'elle ne pourra pas mieux…Une attente interminable, qui donnera le coup de grâce ?
Il n'est plus là, elle vogue ailleurs…
- Adjugée, vendue…mes félicitations Madame, cette maison restera donc dans votre famille.
Un temps nécessaire à la réflexion permettra aux trotteuses des montres à gousset d'écouler quelques minutes avant de réaliser.
Bonheur, certes, mais surtout hébétement…qu'arrive-t-il, comment se fait-il ?
Il est congratulé, félicité. Elle est abordée par un paysan voisin de forte corpulence qui l'étreint joyeusement.
- Tu n'avais pas à t'en faire, je savais que vous l'auriez…
Mais oui ! tu sais, on est passé avec les gars du village dans les rangs des acheteurs…et on leur a dit :
Vous voyez là, la jeune femme, c'est la maison de sa mère…elle n'a pas beaucoup de moyen mais elle la veut…alors pas d'enchères ! Compris…

Il y a des gens bien, j'en ai la preuve.

Ils couchèrent dans leur lit...

Ces pages de la vie stimulent certainement, il était maintenant le patron de cette maison, de sa maison !
Le troisième venu...de trois pommes de haut, il arriva vite à hauteur des rameaux. Sans forcer le destin, il assuma complètement l'épanouissement du gamin qu'il regardait discrètement, trop peut-être, mais sûrement.

Heureux, oui ! il le fut et particulièrement pour avoir trouvé une fille qu'il n'avait pas, la femme de son fiston…undefined
Heureux comme un fou, d'en avoir une deuxième, sa petite fille…
Pudique, d'un niveau pratiquement maladif…il n'extériorisait pas ou très peu.
Sa bouche pourtant bien active, était muette en certaines circonstances, mais ses yeux et ses oreilles captaient l'essentiel.
Ce que je retiens…la volonté paie, le terme "bonhomme" a une réelle signification et cela va bien, même très bien à mon père.
Il connut ses trois arrière petits garçons et Cécile lui annonça à son dernier voyage qu'elle avait dans son ventre sa petite fille.

PS : Excusez-moi, loin de moi l'envie de plomber l'atmosphère.
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Caroline 19/01/2008 11:37

Très beau texte plein d'émotion. Et très bel hommage aussi.

Maky 21/01/2008 22:44

Merci à toi Caroline, comme tu le vois, je parle d'un père...alors !Bises

tanette 19/01/2008 01:01

Je doute aussi que l'on pourrait trouver autant de "solidarité" de nos jours. Bien belle histoire et bel hommage à ton papa..

Maky 21/01/2008 22:40

Merci Tanette de ta visite et de ta réponse

ralbol 18/01/2008 16:22

Autre temps autre moeurs, j'imagine mal la même chose se produire aujourd'hui

Maky 18/01/2008 17:09

C'est bien là qu'est le malaise...qui permet à certains les pires outrances...A bientôt

Phelycitee 15/01/2008 11:52

La vie réserve de belles surprises parfois. C'est un bel hommage que tu rends à ton papa.

Maky 15/01/2008 22:57

Merci Phélycitée, c'est le moins que je puisse faireBises

rsylvie 14/01/2008 20:28

beausoir
et là maintenant...
je ronfle toujours ?

Maky 14/01/2008 22:31

...;-))Tu as raison de me le faire remarquer...je ne suis pas très délicat !!!!!Plates excuses, Sylvie...comment me faire pardonner ?Bonne nuit, tout de même.Bises